7

MARC avait plusieurs tactiques pour obtenir ses informations – et Internet était loin d’être sa stratégie prioritaire. Trop vaste, trop confus. En général, rien ne valait un bon coup de fil et le contact humain. Il appela l’ambassade d’Allemagne, dont il connaissait le responsable de presse. Ce dernier, sans même raccrocher, contacta sur une autre ligne un ami reporter du magazine Stem – un spécialiste des faits divers, qui avait lui-même couvert l’affaire Kreutz. Le journaliste possédait encore les coordonnées d’Erich Schrecker, défenseur de la famille.

Quelques minutes plus tard, Marc parlait à l’avocat. Il expliqua sa requête dans son plus bel anglais : il voulait démontrer les liens éventuels entre l’accusation de Johor Bahru et les soupçons qui avaient pesé sur l’apnéiste au Cambodge. Schrecker l’interrompit sèchement :

— Désolé, je ne peux rien dire.

— Dites-moi au moins si vous relancez la procédure. L’arrestation de Reverdi en Malaisie permet-elle de faire appel au Cambodge ?

— L’affaire a été jugée. Il y a eu un non-lieu.

Au son de la voix, Marc devinait que Schrecker et la famille Kreutz avaient déjà une stratégie.

— Vous avez contacté la partie civile, en Malaisie ?

— Il est trop tôt pour dire quoi que ce soit.

— Mais les deux affaires présentent des similitudes, non ?

— Écoutez. Nous perdons notre temps, vous et moi. Je ne vous dirai rien. Vous savez qu’un avocat ne parle pas aux journalistes, sauf si cela peut servir son dossier. Celui-ci n’a besoin que d’une chose : la discrétion. Je ne prendrai pas le moindre risque.

Marc se racla la gorge :

— Vous pouvez vous renseigner sur moi. Je suis un journaliste sérieux.

— La question n’est pas là.

— Je vous promets de vous faire relire mon article. Je…

L’avocat éclata de rire, sa voix semblait rajeunir au fil des secondes :

— Si vous saviez le nombre d’articles qu’on m’a promis de me faire relire, et dont je n’ai jamais vu la couleur !

Marc n’insista pas – il n’avait pas souvenir d’avoir tenu, même une seule fois, parole dans ce domaine. Il préféra miser sur le pragmatisme :

— J’ai vingt ans de chronique judiciaire derrière moi. Je ne suis pas du genre à écrire n’importe quoi. Donnez-moi seulement la température. Vous faites un lien avec l’affaire de Papan ou non ?

Silence de l’avocat.

— Les deux systèmes de justice vont-ils collaborer ?

— Écoutez, je…

— Le DPP de Malaisie va-t-il se rendre au Cambodge ?

Le silence de Schrecker changea de résonance. L’homme souffla, avec lassitude :

— Je l’ai contacté, à Johor Bahru. Je n’ai obtenu aucune réponse. Et nous ne savons toujours pas si les Cambodgiens sont disposés à lui soumettre le dossier Kreutz.

— Pourquoi ne le donnez-vous pas, vous ?

Il éclata de nouveau de rire, mais sur un ton sinistre :

— Parce que nous ne l’avons pas. En 1997, nous n’étions que des consultants étrangers. Les Khmers sont très susceptibles sur le terrain des compétences. Pas question de laisser les Occidentaux leur donner des leçons.

L’avocat s’échauffait ; Marc sentait que l’affaire le passionnait.

— Il y a une chose que vous devez comprendre, continua-t-il. Les Khmers rouges ont tué quatre-vingts pour cent du personnel juridique du Cambodge. À l’heure actuelle, les avocats, les juges ont un niveau de formation équivalant à celui d’un instituteur. Il y a aussi la corruption, et les influences politiques. C’est le bordel absolu. À tout ça, s’ajoutent les relations plutôt difficiles entre le Cambodge et la Malaisie. Et encore, quand nous avons essayé avec la Thaïlande, nous…

— Pourquoi la Thaïlande ?

L’avocat ne répondit pas. Marc avait déjà compris :

— Il y a une procédure contre Reverdi en Thaïlande ?

Schrecker demeurait muet. Marc insista :

— Reverdi a eu aussi des ennuis là-bas ?

— Pas des ennuis, non. Il n’est accusé de rien.

Marc réfléchit à toute vitesse, en ouvrant ses chemises cartonnées. Il attrapa ses notes – il fallait qu’il montre à Schrecker qu’il connaissait le dossier à fond. Il énuméra :

— De 1991 à 1996, puis en 1998 et 2000, Reverdi a séjourné en Thaïlande. Il y est même retourné en 2001 et 2002. Il y a eu d’autres meurtres durant ces périodes ?

Pas de réponse de l’Allemand. Marc percevait sa respiration oppressée. Il ne voulait pas parler, mais une force contradictoire l’empêchait de raccrocher.

— Vous avez retrouvé des corps ?

Schrecker eut un cri du cœur :

— Pas des corps, non ! Sinon, cela serait réglé.

— Alors quoi ?

— Des disparitions.

— Des disparitions, en Thaïlande ? Avec huit millions de touristes par an ? Comment peut-on repérer des « disparitions » ?

— Il y a des convergences.

— De lieux ?

— De lieux et de dates, oui.

Marc baissa les yeux sur sa doc – un lieu revenait parmi les séjours de Reverdi :

— À Phuket ?

— Phuket, oui. Deux cas de disparitions avérées. À Koh Surin, notamment, au nord de Phuket. Le fief de Reverdi.

— La proximité géographique ne prouve rien.

— Il y a plus. (L’avocat s’exaltait de nouveau ; il avait sans doute mis des mois à dénicher ces indices.) L’une des femmes a suivi ses cours de plongée. L’autre a séjourné dans son bungalow. On a des témoins. Elle semblait amoureuse. Personne ne l’a jamais revue.

Marc frémit : le profil d’un vrai prédateur se dessinait.

— Les victimes. Donnez-moi leurs noms.

— Ça va pas, non ? On a mis des années à monter le dossier. Ce n’est pas pour qu’un journaliste foute tout en l’air !

— C’est qui, nous ?

— Les familles. On a retrouvé les familles à travers l’Europe. Nous nous sommes regroupés. Notre action converge vers la Malaisie. (Il ricana brusquement.) Il est fait comme un rat.

Schrecker paraissait surexcité – et Marc était au diapason. Combien de fois Reverdi avait-il frappé ? Il s’imaginait déjà lui-même marquant au feutre, sur une carte d’Asie du Sud-Est, les zones où l’apnéiste avait tué. En un déclic, lui revint en mémoire la définition consacrée du « tueur multirécidiviste » : « Comme la plupart des sadiques sexuels, c’est un homme très mobile qui bouge beaucoup, socialement compétent, du moins en apparence, car il est capable de projeter un masque de normalité et de ne pas effaroucher ses victimes – et il contrôle parfaitement le lieu du crime…»

Marc risqua encore :

— Vous pouvez au moins me donner la nationalité des filles ?

— Au revoir ! J’en ai déjà trop dit.

— Attendez !

Il avait presque hurlé. Il reprit un ton plus bas :

— Je voudrais voir leurs visages. Juste ça. Envoyez-moi leurs photos.

— Pour que vous les imprimiez dans votre journal ?

— Je vous jure de ne rien publier. Je veux seulement les comparer avec les autres victimes.

— Il n’y a pas de ressemblances. C’est la première chose que nous avons vérifiée.

— Seulement les photos. Sans nom, ni origine.

— Pas question. Nous n’avons que des présomptions. Et nous essayons d’instaurer une collaboration entre des pays qui ne peuvent pas s’encaisser. Avec des systèmes de justice différents. Un vrai casse-tête. Je ne prendrai pas le moindre risque pour un journaliste qui va…

— Oubliez le journaliste. Oubliez la parution. Je veux seulement comprendre cette histoire. J’en fais une affaire personnelle, vous pigez ?

Nouveau silence. Marc était allé trop loin, à son tour ; mais cette révélation parut faire mouche. Deux chasseurs s’étaient trouvés.

— Quelles garanties pouvez-vous me donner de ne pas publier ?

— Envoyez-moi les portraits par courrier électronique, en basse définition. Je ne pourrai pas les reproduire dans mon journal. Seulement les consulter sur mon ordinateur.

Après avoir noté l’adresse e-mail de Marc, l’avocat conclut :

— Je vous donnerai les périodes de séjour et les dates supposées de disparition. Pour que vous vous y retrouviez.

— Merci.

— Attention, c’est donnant, donnant. À la moindre découverte de votre côté, vous me tenez au courant.

— Comptez sur moi.

Un mensonge de plus : Marc était un solitaire. Jamais il ne partagerait ses propres données. Il allait raccrocher quand il eut une dernière impulsion. Il voulait soutirer à cet homme sa conviction intime :

— Êtes-vous certain que Reverdi est un tueur en série ?

L’avocat ne répondit pas aussitôt. Il mûrissait sa réponse. Il voulait que ses mots claquent comme une sentence.

— Une bête féroce, dit-il enfin. Dans les deux cas connus, il a frappé plus de vingt fois. Il leur a tailladé le visage, le sexe, les seins. Il agit sous l’emprise d’une crise, d’une pulsion soudaine, qui l’oblige à tuer sans précaution, sans plan préparé. Une bête féroce. Il veut seulement saigner ces pauvres filles.

Schrecker se trompait. Par expérience, Marc savait que Reverdi agissait selon un plan mûri. Sinon, il aurait été arrêté dès son premier meurtre. Il préparait au contraire son piège. Il réussissait à attirer chaque jeune femme dans son repaire, puis à faire disparaître le corps. Mais l’avocat avait raison sur un point : il agissait en état de crise. Chaotique, effrénée. Quelque chose, un détail, lui ordonnait d’assassiner. Quoi ?

Des picotements glacés le parcoururent. Voilà le genre de clé qu’il aurait aimé découvrir. L’étincelle du mal dans le cerveau du tueur. À cette idée, il demanda encore :

— Quelles sont mes chances de l’interviewer ?

— Aucune. Pour l’instant, il est dans les vapes, mais quand il reprendra ses esprits, il ne dira pas un mot. Depuis le Cambodge, il n’a plus accepté la moindre interview.

— Depuis le Cambodge ?

— Une journaliste a réussi à le rencontrer quand il était incarcéré au T-5, la prison de Phnom Penh. Mais elle n’a pas obtenu la moindre révélation. Comme d’habitude, il a joué au « prince des marées », en osmose avec les éléments. Toutes ces conneries. Il a refusé tout commentaire sur l’accusation.

— Vous avez ses coordonnées ?

— Pisaï quelque chose, je crois… Elle travaille au Phnom Penh Post.

Marc salua l’avocat, abrégeant promesses et remerciements. Il regarda sa montre : onze heures du matin. Dix-sept heures à Phnom Penh. Il se connecta sur Internet pour chercher les coordonnées du journal cambodgien. Il remarqua que Schrecker lui avait déjà envoyé un message électronique : les portraits des victimes de Phuket.

Marc ouvrit les deux documents, grâce au logiciel Picture Viewer. L’avocat avait raison : les disparues étaient jolies mais ne se ressemblaient pas. Et elles n’avaient aucun point commun avec Pernille Mosensen et Linda Kreutz. L’une avait un visage carré, très décidé, accentué encore par des cheveux tirés en arrière. L’autre se dissimulait derrière de longues mèches bouclées et vous regardait à l’oblique. Les seules similitudes entre ces nomades étaient leur âge et leur teint bronzé : des filles de la route et du soleil.

Schrecker avait ajouté les dates présumées de disparition : mars 1998 pour la première, janvier 2000 pour la seconde. Marc imprima les portraits, au format de ceux de Pernille et de Linda, puis les plaça côte à côte, sur son bureau, comme des cartes à jouer. Une étrange réussite, où il n’y avait qu’un seul vainqueur…

Si ces quatre femmes étaient réellement les victimes de Reverdi, pourquoi les avait-il choisies ? Possédaient-elles quelque chose que Marc ne voyait pas, un signe, une particularité, qui déclenchait sa folie meurtrière ?

Il punaisa les visages au mur puis se remit en quête des coordonnées du Phnom Penh Post. À la rédaction du quotidien, un journaliste anglophone lui donna les coordonnées du cellulaire de Pisaï van Tham.

Nouveau numéro :

— Allô ?

Marc commença à s’expliquer en anglais, mais la femme l’interrompit en français. Avec une évidente jubilation. Sa voix était étrange, à la fois douce et nasillarde. La journaliste ne paraissait pas étonnée par son appel ; à l’évidence, il n’était pas le premier.

— Vous voulez mon interview Reverdi par e-mail ? Mon texte en anglais ?

Marc donna son adresse électronique puis enchaîna :

— Vous êtes la seule reporter qui ait réussi à obtenir une interview de Jacques Reverdi. Depuis ce jour, il n’a plus parlé…

Il y eut un petit rire de vanité à l’autre bout de la connexion.

— Comment avez-vous fait ? Comment expliquer cette faveur ?

Un nouveau rire retentit – un miaulement ténu. Marc songea à un chat précieux. Pelage doré, yeux verts ; et langueurs calculées.

— Tout simple. J’étais femme.

— Femme ?

— Jacques Reverdi séducteur. Homme à femmes.

— Quand vous l’avez rencontré, comment était-il ?

— Charmant. (Elle miaula encore.) Homme à femmes !

Un souvenir lui traversa l’esprit. Par tradition, les apnéistes étaient de grands séducteurs. Jacques Mayol, Umberto Pelizzari : de vrais bourreaux des cœurs. Mais pour Reverdi, l’amour n’était qu’un masque. Pisaï continuait :

— Surtout sourire. Très lent, très suave. Comme fruit, vous voyez ? Et voix. Très chaude. Vous savez, femmes adorent ça… Et lui, aime femmes.

Elle commençait à lui taper sur les nerfs avec ses fautes de français et ses minauderies.

— Vous pensez qu’il est coupable ?

— Aucun doute. Il tue femmes.

— Il a été blanchi à Phnom Penh, non ?

— Ça, justice Cambodge. Mais coupable, aucun doute. J’ai senti derrière sourire… Veut la peau des femmes.

— Vous venez de dire qu’il les aimait.

— Justement. Meurtre ultime degré de séduction. J’ai étudié français à la Sorbonne. Dom Juan de Molière. J’ai compris vérité profonde. La séduction, c’est destruction. Dom Juan est un tueur. Il tue Elvire. Il vole son cœur, son âme, sa vie. Reverdi, pareil. Tueur de femmes.

Elle rit encore, avec une nuance d’effroi affecté. Confusément, Marc voyait ce qu’elle voulait dire. Le meurtre, comme paroxysme de la possession. La petite chatte conclut :

— Homme à femmes. Si vous voulez interview, envoyez copine à vous.

— On peut le contacter à Ipoh ?

— Il n’est plus à Ipoh.

— Quoi ?

— Reverdi quitté l’hôpital.

Marc en oublia d’être courtois :

— Bon Dieu ! Où est-il ?

— Prison nationale de Kanara, près de Kuala Lumpur. Parti hier après-midi, jeudi 13 février. Psychiatres ont dit : guéri. En tout cas, lucide. Responsable de ses actes.

Marc ignorait s’il s’agissait d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle. Il n’avait pas l’ombre d’un contact. Et toujours pas de nom d’avocat.

— Qui a décidé du transfert ?

— Lui. Il a demandé à retourner dans prison… normale.

— Il a demandé… ?

— S’il y a une chose qu’il ne veut pas, c’est bien qu’on le croie fou !

 

La Ligne noire
titlepage.xhtml
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_021.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_022.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_023.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_024.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_025.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_026.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_027.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_028.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_029.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_030.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_031.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_032.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_033.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_034.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_035.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_036.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_037.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_038.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_039.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_040.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_041.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_042.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_043.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_044.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_045.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_046.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_047.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_048.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_049.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_050.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_051.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_052.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_053.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_054.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_055.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_056.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_057.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_058.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_059.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_060.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_061.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_062.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_063.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_064.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_065.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_066.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_067.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_068.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_069.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_070.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_071.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_072.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_073.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_074.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_075.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_076.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_077.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_078.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_079.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_080.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_081.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_082.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_083.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_084.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_085.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_086.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_087.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_088.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_089.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_090.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_091.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_092.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_093.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_094.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_095.html
Grange,Jean-christophe-La Ligne noire(2004).French.ebook.AlexandriZ_split_096.html